« C’est par une culture d’entreprise forte que l’on arrive à résister » – Par Jérôme Julia (Observatoire de l’Immatériel)

(Publié sur le site Alliancy le 30 mars 2020)

Associé chez Kea & Partners et Président de l’Observatoire de l’Immatériel, Jérôme Julia, expert convaincu de l’importance de la prise en compte des actifs immatériels et de la place de l’homme au centre des organisations, revient sur le potentiel de ces ressources cachées et invite à l’action, une fois passée la crise du Coronavirus.

Alliancy. Depuis le confinement, comment êtes-vous organisé pour travailler au sein du cabinet ?

Jérôme Julia. Tout le monde est en télétravail désormais, comme chez nos clients également. Cela se traduit par une baisse d’activité assez forte depuis le début du confinement. Nous avons d’ores et déjà mis en place de l’activité partielle. La situation est très hétérogène selon les secteurs d’activité dans lesquels Kea intervient. Nous prévoyons une forte baisse de notre activité dans les mois à venir, même si nous essayons de faire le maximum à distance, de façon la plus constructive possible.

Emmanuel Macron a déclaré dans son discours du 16 mars : « Cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause. » Est-ce inéluctable ?

Jérôme Julia. La crise actuelle est un choc pour nous tous, qualifié par les observateurs d’inédit en temps de paix. Des prévisions alarmistes tombent, avec en France un décrochage attendu de l’ordre de 3 à 4 % du PIB sur l’année 2020. Ce choc met surtout en lumière ce que l’on n’a peut-être pas suffisamment travaillé hier dans nos organisations et que l’on doit mieux travailler demain… Clairement, si l’on n’a pas suffisamment identifié les forces distinctives des entreprises, des filières et d’une Nation, on a plus de mal à les exploiter dans l’urgence… et à s’en servir pour rebondir.

Mais nous sommes à peine sortis d’une première semaine de sidération…

Jérôme Julia. Oui, mais on peut déjà anticiper le fait qu’il y aura trois temps dans cette crise. La phase de sidération dont vous parlez, accompagnée de l’urgence permanente pour assurer la continuité du business tout en préservant la santé des salariés. On entre maintenant dans un deuxième temps, celui de la stabilisation avec la mise en place de nouveaux outils numériques, autant pour nos usages personnels que professionnels et avec, pour certains, la capacité déjà à se projeter vers le redémarrage. On verra aussi une stabilisation des rythmes de gouvernance, sous toutes ces formes dont le télétravail est un bon exemple.

Le temps 3 concernera le retour à la « liberté », qui risque aussi d’être un peu euphorique, bien qu’encore plein d’incertitudes, notamment concernant l’échéance à laquelle on pourra vraiment redémarrer son activité.

Le capital immatériel représente l’ensemble des actifs d’une organisation qui ne sont ni financiers, ni matériels. Il se présente sous la forme de trois catégories d’actifs : le capital humain, c’est-à-dire tout ce qui est dans la tête des collaborateurs (expérience, formation, capacité de direction, relations interpersonnelles, motivation, valeurs, mythe fondateur…) ; le capital structurel ou tout ce qui reste dans l’entreprise à la fin de la journée (la gouvernance, les processus, les outils et méthodes, les rituels, la propriété intellectuelle, la communication interne, l’organisation…) et le capital relationnel, ou tout ce qui relie l’entreprise à son environnement (les relations avec les actionnaires, les partenaires, les clients, les fournisseurs, la société, la marque, la marque employeur…). Selon les études, l’immatériel constitue de 60 à 80 % de la valeur d’une entreprise.

Pensez-vous qu’il y aura une nouvelle donne par la suite ?

Jérôme Julia. Difficile de prévoir les conséquences économiques et sociales immédiates, qui pourraient être très lourdes en fonction des durées de confinement. A moyen terme, on devrait assister à une modification plus profonde des modes de consommation, des modes de travail internes, des modes de vies des individus… Nous ne vivrons plus dans le même contexte de société, ou le même contexte stratégique pour les entreprises. L’appréhension par les Français et les Européens de la mondialisation, de la mobilité des personnes et des marchandises, de la consommation, du système de santé, de la prévention et la protection sanitaire, de la solidarité intergénérationnelle, ou du travail va être impactée par cette crise. Certains mouvements préexistants, mis en évidence dans les enquêtes sur les usages de nos concitoyens, vont être accentués, comme la déconsommation ou la priorité donnée aux produits locaux.

En tant qu’ambassadeur des actifs immatériels, quelle est votre préconisation ?

Jérôme Julia. Mobiliser ses actifs, c’est aller au-delà d’un plan de continuité d’activité (PCA) classique pour passer la vague ! C’est aussi par une culture d’entreprise forte que l’on arrive à résister, à conserver et mobiliser l’ensemble des salariés autour de la notion d’entraide pour faire en sorte que l’organisation collective subsiste. C’est aussi utiliser des savoir-faire internes et différents qui peuvent se montrer utiles en cette période…

Auriez-vous des exemples à citer ?

Jérôme Julia. C’est par exemple le groupe LVMH qui utilise trois de ses unités de production françaises dédiés d’ordinaire à ses parfums et cosmétiques (Dior, Guerlain et Givenchy) pour fabriquer en grande quantité du gel hydro-alcoolique à destination des hôpitaux. Ce sont aussi les ateliers français des maisons Balenciaga et Yves Saint Laurent (groupe Kering) qui se préparent à la fabrication de masques, tout comme la mobilisation des acteurs du Pôle textile en Alsace

En fait, derrière toutes ces initiatives, la question est de regarder ses savoir-faire différemment pour maintenir une activité qui contribue à l’entreprise et à ses salariés, mais aussi à l’intérêt général. Etre bien conscient de ses actifs, c’est aussi mieux passer la vague et ne pas faire de contresens en essayant d’en faire une opportunité business… A chaque organisation de voir réellement là où elle est légitime ou pas. […]

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